{"id":192,"date":"2005-02-10T11:03:15","date_gmt":"2005-02-10T10:03:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/?p=192"},"modified":"2012-02-18T11:06:44","modified_gmt":"2012-02-18T10:06:44","slug":"le-monde-se-decouvre-a-pied-a-velo-pour-les-moins-courageux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/le-monde-se-decouvre-a-pied-a-velo-pour-les-moins-courageux\/","title":{"rendered":"Le monde se d\u00e9couvre \u00e0 pied (\u00e0 v\u00e9lo pour les moins courageux)"},"content":{"rendered":"<p><div id=\"attachment_193\" style=\"width: 160px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/Oz2p.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-193\" src=\"http:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/Oz2p.jpg\" alt=\"ombre australienne\" title=\"ombre australienne\" width=\"150\" height=\"230\" class=\"size-full wp-image-193\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-193\" class=\"wp-caption-text\">ombre australienne<\/p><\/div>Fid\u00e8le \u00e0 cette maxime, me voil\u00e0 d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 ressentir le \u00ab red center \u00bb par cette bucolique activit\u00e9 qu\u2019est la marche. Direction les contreforts des MacDonnell Ranges par le Larapinta trail.<\/p>\n<p>Renseignements pris, la liste des recommandations \u00e9dict\u00e9e par les gardes (\u00ab Rangers \u00bb) est disons\u2026instructive :<br \/>\n&#8211; 8 litres d\u2019eau par personne, consid\u00e9rant que les points d\u2019eau sont espaces de 4h30 de marche et que la consommation est de 2l\/h.<br \/>\n&#8211; ne pas marcher entre 10h et 16h. Faisable aussi. Suffit de se r\u00e9veiller \u00e0 5h30 et d\u00e9camper \u00e0 6h aux premi\u00e8res lueurs.<br \/>\n&#8211; ne pas marcher pendant la saison chaude. Ah !. On transgressera.<br \/>\n&#8211; partir \u00e0 trois au minimum pour ne pas laisser un bless\u00e9 seul. Bon. On dira que je ne suis pas le bless\u00e9.<br \/>\n&#8211; Par contre, j\u2019ai pris soin de me faire enregistrer aupr\u00e8s des Rangers. Je pr\u00e9vois de terminer lundi soir et si je ne me \u00ab\u00a0d\u00e9senregistre\u00a0\u00bb pas mardi, ils lancent les recherches. Cela me semble excessif, mais bon.<\/p>\n<p>Vendredi matin, 6h, je trace la route du pied de l\u2019h\u00f4tel en traversant Alice Springs. La rando est pr\u00e9vue pour 4 jours et 65 km.<br \/>\nTrois kilom\u00e8tres plus loin, au vrai d\u00e9part de la rando, le km z\u00e9ro, une \u00ab ranger \u00bb me dit ; \u00ab You are crazy ! It\u2019s too hot ! \u00bb<\/p>\n<p>Ne pas s\u2019alarmer. Sylvain Tesson explique dans son dernier livre que les locaux ne s\u2019\u00e9tonnent jamais que vous ayez parcouru 10 000 km avec une jambe de bois dans un lointain pays. Par contre, ils s\u2019affoleront quand vous leur direz que vous voulez faire la m\u00eame chose pour rejoindre la prochaine ville \u00e0 50 km. Suis-je clair ?<br \/>\nJean-Pierre et Yolaine le confirment. (\u00ab On est all\u00e9 de Gr\u00e8ce \u00e0 Nantes en v\u00e9lo \u00bb expliquent-ils \u00e0 leurs interlocuteurs de Savenay (80 km de Nantes). \u00ab Et comment \u00eates-vous venus de Nantes ? \u00bb \u00ab En v\u00e9lo \u00bb \u00ab En v\u00e9lo !!!!!!!!!!!! \u00bb)<\/p>\n<p>Revenons \u00e0 mon Larapinta trail et allons droit au but.<\/p>\n<p>Je partis pour une rando, je fis mon chemin de croix.<\/p>\n<p>La chaleur d\u2019abord. 40 degr\u00e9s \u00e0 l\u2019ombre, c\u2019est \u00e0 l\u2019ombre. Une lapalissade (j\u2019en aurais bien eu besoin pour me prot\u00e9ger du soleil. Pardon, la chaleur me tape sur la carafe) me direz-vous, mais qu\u2019on ne saisit vraiment qu\u2019en marchant. Quand je vous parlais des vertus de la marche.<\/p>\n<p>Ensuite, le sac fut ma croix. En ch\u00eane massif. La tente, le r\u00e9chaud, bouffe pour trois jours et surtout ces saloperies de 8 litres d\u2019eau.<br \/>\nC\u2019est \u00e7a que je me dis apr\u00e8s mes 5 heures de marche matinales. Enfin, me voil\u00e0 arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019issue de ma premi\u00e8re station, pardon \u00e9tape. Je m\u2019attends \u00e0 trouver un petit coin ombrag\u00e9 de pr\u00e9f\u00e9rence au bord d\u2019un point d\u2019eau (apportez votre maillot de bain disaient le guide. L\u2019hiver, oui), avec d\u2019autres coll\u00e8gues. Erreur : d\u2019eau, il n\u2019y a que le r\u00e9servoir en acier pour les marcheurs. L\u2019ombre est maigre : un banc sous un toit.<\/p>\n<p>Et surtout, il y a le clou (avec la croix, il faut les clous) : les MOUCHES. En marchant, c\u2019est p\u00e9nible, mais \u00e0 l\u2019arr\u00eat, infernal. Elles te butinent, p\u00e9n\u00e8trent les oreilles, bouffent les yeux. Il est 11h du mat. Je ne vais pas rester toute la journ\u00e9e dans ce trou a rat ! 16h, je reprends le sac pour m\u2019enfiler la deuxi\u00e8me \u00e9tape<\/p>\n<p>J\u2019arrive \u00e0 la nuit tomb\u00e9e, en vrac. Je monte la tente et me retrouve face \u00e0 une boite de thon en panne d\u2019\u00e9nergie. J\u2019aimerais que cette boite s\u2019ouvre toute seule. \u00ab Ouvre-toi, boite ! \u00bb Je la menace du regard, mais rien n\u2019y fait. Nous restons ainsi \u00e0 nous regarder, elle dans le blanc de mes yeux, moi dans le blanc de son thon, mais elle ne c\u00e8de pas.<br \/>\nLe thon, c\u2019est con, mais le thon blanc l\u2019est tout autant. .<\/p>\n<p>Quelques mots sur la nature, tout de m\u00eame : c\u2019est grandiose (ou plut\u00f4t \u00e7a serait tr\u00e8s beau s&rsquo;il n\u2019y avait pas la croix et les clous), aride, \u00e7a oui : schiste rouge, relief magnifique (cr\u00eates, gorges, falaises, arbustes ch\u00e9tifs (principalement le Mulga tree, un acacia de son vrai nom Acacia Aneva, et une saloperie de mauvaise herbe au raz du sol dont les graines vous collent aux chaussettes et vous rapent la peau comme de la toile \u00e9merie (Mossman River Grass, Cenchrus echinatus)<br \/>\nC\u00f4t\u00e9 faune (et folklore) : kangouroux (le kangourou roux, le plus commun parmi les 48 familles, Macropus rufus, surnomm\u00e9 \u00a0\u00bb the big one\u00a0\u00bb, 63 kg pour 2m40 de hauteur en moyenne, un beau gabarit, heureusement tr\u00e8s craintif), pleins de zoziaux et un superbe serpent pr\u00e8s un point d\u2019eau.<\/p>\n<p>Je vais faire court pour la suite. J\u2019adore l\u2019effort physique, mais je d\u00e9teste la souffrance. Je la tol\u00e8re seulement si c\u2019est un faible prix \u00e0 payer au plaisir de l\u2019effort. L\u00e0, il a plut\u00f4t failli payer cash en souffrance. Not my cup of tea.. Les 62 km ressembl\u00e8rent un peu \u00e0 la s\u00e9quence du km 35 au km 37 d\u2019un marathon pass\u00e9e en boucle. Si si, c\u2019est possible&#8230; quand il n\u2019y a pas le choix !<\/p>\n<p>Et je ne m\u2019en vante pas, croyez-moi.<br \/>\nD\u2019une part parce que le \u00ab je l\u2019ai fait \u00bb n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 une motivation suffisante.<\/p>\n<p>D\u2019autre part parce que je n\u2019ai pu jouir de la grande vertu de la marche qui est de laisser l\u2019esprit vaquer \u00e0 ses occupations. Se lib\u00e9rer des tensions du dedans, du mouvement brownien des pens\u00e9es parasites pour devenir pur esprit (AOUM !)..<br \/>\nLa, j\u2019\u00e9tais non seulement polaris\u00e9 sur les \u00ab indicateurs m\u00e9dicaux \u00bb annon\u00e7ant d\u2019\u00e9ventuels coups de chaleur (test\u00e9 au Maroc), c\u00e9phal\u00e9e ophtalmique (une saloperie : en Inde) ou d\u00e9shydratation (dans le Cantal, une erreur de jeunesse).<br \/>\nMais j\u2019\u00e9tais surtout focalis\u00e9 sur les kilom\u00e8tres \u00e0 abattre (j\u2019ai de nouveau doubl\u00e9 l\u2019\u00e9tape suivante le lendemain en profitant d\u2019un temps nuageux). Comme un comp\u00e9titeur \u00e0 la con ! Croyez-vous que Le Cam et Riou prennent plaisir \u00e0 naviguer en ce moment ? Moi pas. Mon obsession \u00e9tait de m\u2019en sortir. Et au plus vite. Je passais mon temps \u00e0 mobiliser toutes mes forces mentales et physiques pour progresser.<br \/>\nPitoyable et surtout vain ! .<br \/>\nParce que croyez-moi (voil\u00e0 que je parle comme un pr\u00eacheur. Cette exp\u00e9rience de l\u2019extr\u00eame me pousse telle au mysticisme ?), m\u00eame Rousseau (pas le Lavallois) n\u2019auraient pas eu ses hautes pens\u00e9es sur le Larapinta trail. Comme moi, Rousseau se serait dit : \u00ab t\u2019es vraiment trop con, maintenant, tu t\u2019en sors comme tu peux. \u00bb C\u2019est flatteur, me direz-vous de penser comme Rousseau aurait pens\u00e9 dans le m\u00eame contexte. Tiens, on va mettre \u00e7a au cr\u00e9dit de cette marche.<\/p>\n<p>Ensuite parce que je n\u2019avais pas de marge de s\u00e9curit\u00e9 au plan physique. Il faut bien l\u2019admettre. J\u2019ai approch\u00e9 mes limites (d\u00e9pass\u00e9 ?) et c\u2019est vexant. Et le chemin, soi-disant tr\u00e8s pratiqu\u00e9 (en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019hiver) ne voyait qu\u2019un marcheur tous les 4 jours (les cahiers des Rangers, \u00e0 remplir \u00e0 chaque \u00e9tape le montraient). Une entorse ou un coup de chaleur et on retrouvait un rossignol r\u00f4ti.<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 stigmates (clous, croix, stigmates), ceux des pieds bien s\u00fbr : m\u00e9ga-ampoules qui me font marcher comme un canard (ce disgracieux confr\u00e8re volatile, quelle honte !), h\u00e9matomes aux hanches, allergies \u00e0 l\u2019\u00e9paule avec le frottement du sac et quelques kilos envol\u00e9s.<\/p>\n<p>Par contre, le p\u00e9nitent, apr\u00e8s son Golgotha a son jardin d&rsquo;Eden (ma culture religieuse est limit\u00e9e, j\u2019ai un doute l\u00e0-dessus) : le Coca du km 65 \u00e9tait bon comme un Dont P\u00e9rignon 63 (oui, j\u2019avais perdu ma capacit\u00e9 de discernement) et l\u2019eau de la mini-piscine de l&rsquo;h\u00f4tel douce comme les bains de lait de Cl\u00e9op\u00e2tre.<br \/>\nMais bon, on peut se contenter du Coca normalement d\u00e9gueu et d\u2019une piscine tout ce qu\u2019il y a de municipal.<\/p>\n<p>Bref, tout \u00e7a pour vous confirmer que l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me du d\u00e9sert australien est totalement hostile a l\u2019homme blanc. . Coup de chapeau aux aborig\u00e8nes !<br \/>\nSi vous en doutez, \u00e9pargnez-vous le test. J\u2019ai donn\u00e9. Vous n\u2019en doutez pas ? Vous \u00eates donc sain d\u2019esprit.<\/p>\n<p>Figurez-vous qu\u2019hier, tout juste de retour de la rando, j\u2019ai failli r\u00e9server un tour organis\u00e9 de trois jours avec un groupe de 21 djeunes pour aller visiter Ayers Rocks. S\u00fbrement une autre s\u00e9quelle. Envie d\u2019\u00eatre pris en charge, dorlot\u00e9, infantilis\u00e9 (ou du moins adolescentis\u00e9).<br \/>\nPuis je me suis souvenu de mon mandat d\u2019administrateur \u00e0 Cap vers et fais machine arri\u00e8re.<br \/>\nVoyageur ind\u00e9pendant un jour, Voyageur ind\u00e9pendant toujours. .<\/p>\n<p>A plus pour des nouvelles fra\u00eeches,<br \/>\nSylvain<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fid\u00e8le \u00e0 cette maxime, me voil\u00e0 d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 ressentir le \u00ab red center \u00bb par cette bucolique activit\u00e9 qu\u2019est la marche. Direction les contreforts des MacDonnell Ranges par le Larapinta trail. 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