{"id":187,"date":"2005-02-11T10:46:01","date_gmt":"2005-02-11T09:46:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/?p=187"},"modified":"2012-02-18T10:54:12","modified_gmt":"2012-02-18T09:54:12","slug":"les-portes-du-voyage-en-australie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/les-portes-du-voyage-en-australie\/","title":{"rendered":"Les portes du voyage &#8230; en Australie"},"content":{"rendered":"<p><div id=\"attachment_189\" style=\"width: 240px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/route-australienne1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-189\" src=\"http:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/route-australienne1.jpg\" alt=\"route australienne\" title=\"route-australienne\" width=\"230\" height=\"150\" class=\"size-full wp-image-189\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-189\" class=\"wp-caption-text\">route australienne<\/p><\/div>Mardi 26 janvier 2005, 8h, bus vers Alice Springs, Australie<\/p>\n<p>Mon voyage, tel que je l\u2019avais imagin\u00e9, commence vraiment dans ce bus.<\/p>\n<p>Une lune extraterrestre \u2013 pas son satellite familier, mais une \u00e9trang\u00e8re \u2013 s\u2019est lev\u00e9e hier. J\u2019ai d\u2019abord cru \u00e0 une illusion d\u2019optique. Le soleil couchant qui se jouerait des reflets des vitres et passerait ainsi de l\u2019Est \u00e0 l\u2019Ouest. Puis \u00e0 une hallucination : l\u2019Est est redevenu d\u2019un noir imp\u00e9n\u00e9trable, \u00e0 droite du bus. Nous roulons plein nord vers le c\u0153ur de l\u2019Australie : \u00ab l\u2019out back \u00bb, l&rsquo;arri\u00e8re-pays, \u00ab\u00a0le bush\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0red center\u00a0\u00bb, centre rouge.<br \/>\nJ\u2019aper\u00e7ois ensuite une rougeur sur les collines, qui griffe l\u2019horizon, danse et me convainc d\u2019un incendie.<br \/>\nAvant qu\u2019elle n\u2019\u00e9merge, grosse puissante, irradiante, d\u2019une lumi\u00e8re jaune citron, plus fonc\u00e9e encore : un jaune d\u2019or. Nous sommes dans les contr\u00e9es de la ru\u00e9e vers l\u2019or et ce soir la p\u00e9pite est dans le ciel. Elle br\u00fble comme la derni\u00e8re braise et renvoie la plaine \u00e0 un tapis de cendres : plateau infini aux fronti\u00e8res perdues dans les limites de la vision, \u00e0 moins que ce ne soit la courbure de la terre, v\u00e9g\u00e9tation rare et ch\u00e9tive.<br \/>\nC\u2019est moins une terre qu\u2019un oc\u00e9an.<\/p>\n<p>Deux camions-trains (\u00ab\u00a0train truck\u00a0\u00bb) de cinquante m\u00e8tres, de type am\u00e9ricain, glissent sous la lune, suspendus.<br \/>\nLa magie op\u00e8re.<\/p>\n<p>Une ambiance sonore a \u00e9galement donn\u00e9 le la , marqu\u00e9 le d\u00e9but du voyage.<br \/>\nHier soir, il a fallu faire une pause. Malvenue car elle interrompait le premier sommeil. \u00ab Tout le monde descend de 22h20 \u00e0 23h30 \u00bb.<br \/>\nHier soir, il a fallu faire une pause. Malvenue car elle interrompait le premier sommeil. \u00ab Tout le monde descend de 22h20 \u00e0 23h30 \u00bb.<br \/>\nLa chaleur du d\u00e9sert vous agrippe au collet et vous saisit dans une \u00e9treinte oppressante, vous colle comme la peau \u00e0 son saucisson.<br \/>\nLe maigre \u00e9quipage \u2013 une douzaine de passagers \u2013 dans un bus Greyhound de cinquante places se r\u00e9fugie dans la minuscule gare routi\u00e8re de Glendambo.<br \/>\nJe vais m\u2019asseoir sur un banc \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019air conditionn\u00e9. C\u2019est ma premi\u00e8re rencontre avec les aborig\u00e8nes , au septi\u00e8me jour de mon s\u00e9jour en Australie. Il est vrai qu\u2019ils ne constituent que 2% de la population.<br \/>\nLa musique de leur langue dessine \u2013 apr\u00e8s la lune \u2013 la deuxi\u00e8me porte du voyage. Une porte comme celle du feuilleton des ann\u00e9es 80 qui vous faisait d\u00e9barquer dans un autre si\u00e8cle, au petit bonheur la chance.<\/p>\n<p>Cette porte est pareille. Elle ouvre sur un au-del\u00e0 du connu , du rep\u00e9rable, du ma\u00eetris\u00e9. Elle ouvre sur le voyage.<br \/>\nLa musique de leur langue m\u2019\u00e9tonne. Un chapelet de phon\u00e8mes (mot pour faire riche) \u2013 que j\u2019imagine brefs -, lanc\u00e9s d\u2019un coup dans l\u2019air, comme une nu\u00e9e d\u2019\u00e9tourneaux, ou comme un chapelet rompu qui d\u00e9verse ses perles en un flot brusque.<br \/>\nPas d\u2019accents toniques rep\u00e9r\u00e9s par mon oreille profane. Le ton est \u00e9gal.<br \/>\nPas de rythme marqu\u00e9 non plus, le d\u00e9bit est continu.<br \/>\nC\u2019est le manque de souffle qui arr\u00eate la trille et marque une pause.<br \/>\nCette caract\u00e9risation sommaire de la musicalit\u00e9 de la langue (celle que j&rsquo;entends ce soir parmi la centaine existante) est peut-\u00eatre tout \u00e0 fait erron\u00e9e.<br \/>\nParce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une premi\u00e8re \u00e9coute.<br \/>\nMais aussi parce que mes compagnons de banc \u2013 je m\u2019en aper\u00e7ois vite \u2013 sont compl\u00e8tement bourr\u00e9s. Trop tard pour partir sans passer pour un fugitif ! Je reste.<br \/>\nCela aide \u00e0 faire connaissance. Echange de pr\u00e9noms. Mon pays d\u2019origine. D\u2019o\u00f9 tu viens, o\u00f9 tu vas. Questions que s\u2019\u00e9changent les nomades (ou les errants) de tous les continents.<\/p>\n<p>L\u2019ambiance tourne de l\u2019alcool au vinaigre (irr\u00e9sistible humour !). Si le d\u00e9part \u00e9tait festif, maintenant, \u00e7a tourne \u00e0 la fin de f\u00eate. Invectives, simulations de bagarres entre ces femmes qui toutes boivent. Bon, je crois que je vais aller aux chiottes. \u00ab Nice to meet you \u00bb et je file a l\u2019anglaise.<br \/>\nUne partie de la troupe monte dans le bus. Chacun craint pour sa place libre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, garante d&rsquo;un sommeil un peu meilleur (ces putains de si\u00e8ges ne s\u2019inclinent pas plus que ceux d\u2019un car scolaire pour aller \u00e0 la piscine municipale). Voyageurs et familles se m\u00e9langent dans un joyeux vacarme ponctu\u00e9 de \u00abFuck \u00bb. Le chauffeur pousse une gueulante \u00e0 l\u2019anglo-saxonne, pleine de dignit\u00e9 outrag\u00e9e. Et au premier tour de clef, miracle. Le vaisseau redevient silencieux, prend son r\u00e9gime de croisi\u00e8re \u00e0 une vitesse absolument constante. Il fend le d\u00e9sert , m\u00e9tallis\u00e9 par une lune pass\u00e9e de l\u2019or \u00e0 l\u2019argent.<\/p>\n<p>D\u2019autres petites portes, aussi, inscrites dans mon imaginaire de voyageurs s&rsquo;ouvrent. Celles-ci n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 dessin\u00e9es par Tintin, une fois n\u2019est pas coutume. Le vol 744 pour Sydney ne fait pas de d\u00e9tour dans le d\u00e9sert, il me semble.<br \/>\nIl y a la terre rouge de lat\u00e9rite, le plateau bouscul\u00e9 par les chercheurs d\u2019or, les stations-service, vitales aux voyageurs comme l\u2019ont \u00e9t\u00e9 les caravans\u00e9rails et les points d\u2019eau, en d\u2019autres temps.<br \/>\nEn fait il y a aussi une porte du temps, comme dans le feuilleton. La fronti\u00e8re de l\u2019\u00e9tat de \u00ab South Australia \u00bb nous a projet\u00e9s 30 mn en arri\u00e8re. Celle des \u00ab Northern territories \u00bb nous propulsera une heure en avant. C\u2019est l\u2019apanage des vastes pays.<\/p>\n<p>J\u2019ai quitt\u00e9 Melbourne hier matin a 8 h, lundi, puis roul\u00e9 toute la nuit et aujourd\u2019hui encore.<br \/>\n\u00ab Is it a punishment ? \u00bb m\u2019a demand\u00e9 la femme au comptoir, \u00e0 Ad\u00e9la\u00efde, s\u2019\u00e9tonnant que je ne fasse pas de pause dans mon trajet.<br \/>\nUne punition comme le fut la d\u00e9portation des premiers colons ici. \u00ab La prison ou l\u2019Australie \u00bb \u00e9tait le choix donn\u00e9 aux \u00ab convicts \u00bb, les prisonniers anglais envoy\u00e9s par la reine pour am\u00e9nager ce continent hostile.<br \/>\nLes Australiens ont cette facilit\u00e9 \u00e0 briser la glace par un sourire, une blague.<\/p>\n<p>Non, ce n\u2019est pas une punition. C\u2019est le prix pour rejoindre mon Australie imaginaire d\u2019enfant.<br \/>\nEt il est peu \u00e9lev\u00e9, car je sens ce \u00ab \u00e9tat de voyage \u00bb qui grandit en moi depuis hier. La mue s\u2019op\u00e8re. La cuticule de la s\u00e9dentarit\u00e9 , faite de routines mentales et comportementales se fissure. L\u2019\u00e9tat de voyage progresse. Celui qui me fait repartir. Qui me fait parfois d\u00e9nigrer le voyage quand je suis \u00e0 la maison \u2013 \u00e0 quoi bon ? \u2013 et qui m&rsquo;enivre au premier jour, le sac sur le dos. Qui me fait dire que le voyage est toujours du temps gagn\u00e9 . D\u00e9cupl\u00e9 avec ma compagne de route, mais gagn\u00e9 quand m\u00eame tout seul.<\/p>\n<p>J\u2019arr\u00eate l\u00e0. Il est 8h30, mardi matin. L\u2019addition du voyage est presque r\u00e9gl\u00e9e. A 14h., je serai \u00e0 Alice Springs, apr\u00e8s 2360 km non-stop et 30h de bus.<br \/>\nAlice Springs dont les habitants disent qu\u2019ils n\u2019ont pas la mer, mais 1500 km de plage, par 39 degr\u00e9s \u00e0 l\u2019ombre, le chauffeur vient de l\u2019annoncer. Un oasis au milieu du d\u00e9sert.<\/p>\n<p>Sylvain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mardi 26 janvier 2005, 8h, bus vers Alice Springs, Australie Mon voyage, tel que je l\u2019avais imagin\u00e9, commence vraiment dans ce bus. Une lune extraterrestre \u2013 pas son satellite familier, mais une \u00e9trang\u00e8re \u2013 s\u2019est lev\u00e9e hier. J\u2019ai d\u2019abord cru &hellip; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/les-portes-du-voyage-en-australie\/\">read more<span class=\"meta-nav\"><\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[17],"tags":[80],"class_list":["post-187","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-australie","tag-australie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/187","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=187"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/187\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":190,"href":"https:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/187\/revisions\/190"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=187"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=187"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.encatalogue.com\/capvers2\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=187"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}