Uluru (Ayers Rocks), le rocher magique

Posted: under Australie.
Tags: ,

ayers rocks

ayers rocks

Je vous ai laissé, lors de mon dernier message dans un mini-bus infernal en direction du rocher rouge : Uluru (prononcer « Oulourrou » avec un r long, en langue Anangus, une des nombreuses langues aborigènes), plus connu sous son nom de baptême britannique : Ayers Rocks.

Je laisse pour le moment le mini-bus. J’y reviendrai plus tard. Car Uluru m’a jeté un sort. Il a embrassé mon champ de vision, s’est emparé de moi, m’a – allons-y – possédé.

D’abord, il y a l’étrangeté du lieu, cette masse surgie de la platitude. Il y a aussi la perfection de la chose. Ce monolithe (une seule pierre) est lisse comme un galet. Pas d’éboulement, pas de pierrier qui ferait jointure avec le sol. Aucun signe avant-coureur de ce caillou. Le rocher n’est pas de ce lieu, n’est pas de ce monde. Posé la comme une météorite.
Mais plus que sa masse, ce rocher a un magnétisme extraordinaire. Sa couleur, rouge et changeante au fil de la journée semble tout attirer à lui. Il aimante le regard, semble être le centre de gravité, le point central de l’univers.

Ensuite, le lieu est chargé des traces de la naissance du monde. Rien de moins.

Pour le comprendre, il faut s’attarder un peu sur les croyances aborigènes. La Tjukurpa que les occidentaux ont traduit maladroitement « le rêve » ou « le temps des rêves ».

Tjukurpa explique la création du monde. Autrefois, la terre n’avait ni formes, ni caractéristiques. Des êtres ancestraux sont alors apparus de ce vide et tout en voyageant, ont créé toutes les espèces vivantes et les caractéristiques du paysage désertique, tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Le rocher porte des marques des combats de ces êtres ancestraux. Ici a eu lieu une bataille entre un être ancestral figuré par un kangourou et un émeu. La cicatrice sur le rocher est la marque du javelot lancé par le kangourou. La fissure sur l’autre est la réplique de l’émeu.
Ansi, le tjukurpa donne-t-il une explication a la naissance du monde a travers ces histoires extraordinaires et qui ont marqué le paysage.

Mais la tjukurpa est plus que ça. Elle est la base de la culture aborigène et fournit les règles du comportement et de la façon de vivre ensemble. C’est une loi qui dicte la manière de prendre soin les uns des autres et de la terre.
Il représente les liens entres les personnes, les plantes, les animaux, les caractéristiques physiques de la terre. Tjukurpa explique comment ces relations sont nées, ce qu’elles veulent dire et comment elles doivent être maintenues.

Uluru est un lieu sacré lié à d’autres lieux sacrés par des iwara (pistes) faites par beaucoup d’êtres ancestraux (ceux qui ont créé le monde) pendant leurs voyages.
Certaines zones autour du rocher sont interdites aux non-initiés car elles sont associées à des informations et des activités rituelles dont la connaissance est réservée exclusivement aux initiés. Il est interdit de photographier ces lieux.
Lors de notre visite, des enfants aborigènes chahutaient dans une mare interdite a la baignade car sacrée. Des enfants venus de la ville, coupés de leurs racines, selon les Rangers arrivés sur place. Les enfants furent illico expulsés du parc national.
Les aborigènes ne souhaitent pas que les touristes grimpent sur le rocher. Selon leurs croyances, on doit mourir sur le lieu de sa naissance, sinon l’âme est condamnée à errer. Les aborigènes ne veulent pas des âmes errantes des touristes morts de crise cardiaque dans la montée (une quarantaine). « Rapportez vos détritus à la maison » est écrit sur de nombreux panneaux.

La gestion du parc – son aspect pédagogique à travers un musée, sa connaissance scientifique (faune, flore, géologie), le recensement des croyances des aborigènes et de leur adaptation a ce milieu hostile – fait l’objet d’ une collaboration entre les parcs nationaux et les autorités aborigènes. Cette collaboration, jugée exceptionnelle par les deux parties fait suite à une expropriation pure et simple d’Uluru par le gouvernement à travers les parcs nationaux. Le compromis actuel est le résultat d’une longue lutte politique des aborigènes pour la reconnaissance de leurs droits (notamment le respect de leurs lieux sacrés avant tout projet de construction).

Ainsi, Uluru pourrait n’être qu’une merveille naturelle. Cela serait déjà fantastique.
Mais il est beaucoup plus. Il est une partie de la tjukurpa et une initiation, pour nous occidentaux, au monde extraordinairement riche des aborigènes.
Uluru est une porte d’entrée sur ce monde magique.

« Le touriste arrive ici, caméra en main et prend des photos de tout ce qui l’entoure. Qu’est ce qu’il obtient ? Une autre photo qu’il ramène chez lui et qui garde une partie d’Uluru. Il devrait se servir d’un autre objectif : voir droit a l’intérieur : il ne verrait plus le gros rocher alors. Il verrait que Kuniya vit à l’intérieur comme autrefois. Peut-être qu’alors il jetterait sa caméra. »
(Tjamiwa, tiré du prospectus donné a l’entrée du parc).

Sylvain

Post-scriptum :
Revenons au groupe. J’ai placé ce petit chapitre en PS pour ne pas faire de l’ombre au beau rocher avec des pécadilles.
Ce message aurait pu aussi s’intituler : LEÇON NUMERO 3 : NE METTEZ PAS DES PREJUGES ENTRE VOUS ET LE MONDE !
Car vous l’avez compris, mes premières impressions ont été heureusement démenties par l’expérience. Non, le groupe ne s’est pas interposé entre moi et Uluru. Car Uluru est trop grand, trop fort.
La suite du périple fut nettement moins catastrophique que je le craignais. Les quelques avantages dsu groupe sont maigres : atteindre des endroits difficiles atteignables autrement (sauf en vélo, oui, Jean-Pierre), passer du bon temps (to have fun), découvrir (mais trop superficiellement) d’autres voyageurs.
Les inconvénients que j’avancais se sont confirmés, fondamentaux. Les choses se sont bien passées car j’ai réussi a m’intégrer au groupe. Mais est-ce la finalité d’un voyage : se mettre en cercle autour du feu de camp dans la nuit du bush et regarder vers l’intérieur, « s’habiller d’un groupe » ? Certainement pas. Aller vers le dénuement, au contraire.
Ce n’est pas une règle, ni une leçon. Une conception du voyage, plus simplement.

PS : je pars en vélo pour la semaine. Le prochain message sera moins connaissance du monde, promis. Plus physique.

Comments (0) Fév 07 2005