Uluru (Ayers Rocks), le rocher magique

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ayers rocks

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Je vous ai laissé, lors de mon dernier message dans un mini-bus infernal en direction du rocher rouge : Uluru (prononcer « Oulourrou » avec un r long, en langue Anangus, une des nombreuses langues aborigènes), plus connu sous son nom de baptême britannique : Ayers Rocks.

Je laisse pour le moment le mini-bus. J’y reviendrai plus tard. Car Uluru m’a jeté un sort. Il a embrassé mon champ de vision, s’est emparé de moi, m’a – allons-y – possédé.

D’abord, il y a l’étrangeté du lieu, cette masse surgie de la platitude. Il y a aussi la perfection de la chose. Ce monolithe (une seule pierre) est lisse comme un galet. Pas d’éboulement, pas de pierrier qui ferait jointure avec le sol. Aucun signe avant-coureur de ce caillou. Le rocher n’est pas de ce lieu, n’est pas de ce monde. Posé la comme une météorite.
Mais plus que sa masse, ce rocher a un magnétisme extraordinaire. Sa couleur, rouge et changeante au fil de la journée semble tout attirer à lui. Il aimante le regard, semble être le centre de gravité, le point central de l’univers.

Ensuite, le lieu est chargé des traces de la naissance du monde. Rien de moins.

Pour le comprendre, il faut s’attarder un peu sur les croyances aborigènes. La Tjukurpa que les occidentaux ont traduit maladroitement « le rêve » ou « le temps des rêves ».

Tjukurpa explique la création du monde. Autrefois, la terre n’avait ni formes, ni caractéristiques. Des êtres ancestraux sont alors apparus de ce vide et tout en voyageant, ont créé toutes les espèces vivantes et les caractéristiques du paysage désertique, tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Le rocher porte des marques des combats de ces êtres ancestraux. Ici a eu lieu une bataille entre un être ancestral figuré par un kangourou et un émeu. La cicatrice sur le rocher est la marque du javelot lancé par le kangourou. La fissure sur l’autre est la réplique de l’émeu.
Ansi, le tjukurpa donne-t-il une explication a la naissance du monde a travers ces histoires extraordinaires et qui ont marqué le paysage.

Mais la tjukurpa est plus que ça. Elle est la base de la culture aborigène et fournit les règles du comportement et de la façon de vivre ensemble. C’est une loi qui dicte la manière de prendre soin les uns des autres et de la terre.
Il représente les liens entres les personnes, les plantes, les animaux, les caractéristiques physiques de la terre. Tjukurpa explique comment ces relations sont nées, ce qu’elles veulent dire et comment elles doivent être maintenues.

Uluru est un lieu sacré lié à d’autres lieux sacrés par des iwara (pistes) faites par beaucoup d’êtres ancestraux (ceux qui ont créé le monde) pendant leurs voyages.
Certaines zones autour du rocher sont interdites aux non-initiés car elles sont associées à des informations et des activités rituelles dont la connaissance est réservée exclusivement aux initiés. Il est interdit de photographier ces lieux.
Lors de notre visite, des enfants aborigènes chahutaient dans une mare interdite a la baignade car sacrée. Des enfants venus de la ville, coupés de leurs racines, selon les Rangers arrivés sur place. Les enfants furent illico expulsés du parc national.
Les aborigènes ne souhaitent pas que les touristes grimpent sur le rocher. Selon leurs croyances, on doit mourir sur le lieu de sa naissance, sinon l’âme est condamnée à errer. Les aborigènes ne veulent pas des âmes errantes des touristes morts de crise cardiaque dans la montée (une quarantaine). « Rapportez vos détritus à la maison » est écrit sur de nombreux panneaux.

La gestion du parc – son aspect pédagogique à travers un musée, sa connaissance scientifique (faune, flore, géologie), le recensement des croyances des aborigènes et de leur adaptation a ce milieu hostile – fait l’objet d’ une collaboration entre les parcs nationaux et les autorités aborigènes. Cette collaboration, jugée exceptionnelle par les deux parties fait suite à une expropriation pure et simple d’Uluru par le gouvernement à travers les parcs nationaux. Le compromis actuel est le résultat d’une longue lutte politique des aborigènes pour la reconnaissance de leurs droits (notamment le respect de leurs lieux sacrés avant tout projet de construction).

Ainsi, Uluru pourrait n’être qu’une merveille naturelle. Cela serait déjà fantastique.
Mais il est beaucoup plus. Il est une partie de la tjukurpa et une initiation, pour nous occidentaux, au monde extraordinairement riche des aborigènes.
Uluru est une porte d’entrée sur ce monde magique.

« Le touriste arrive ici, caméra en main et prend des photos de tout ce qui l’entoure. Qu’est ce qu’il obtient ? Une autre photo qu’il ramène chez lui et qui garde une partie d’Uluru. Il devrait se servir d’un autre objectif : voir droit a l’intérieur : il ne verrait plus le gros rocher alors. Il verrait que Kuniya vit à l’intérieur comme autrefois. Peut-être qu’alors il jetterait sa caméra. »
(Tjamiwa, tiré du prospectus donné a l’entrée du parc).

Sylvain

Post-scriptum :
Revenons au groupe. J’ai placé ce petit chapitre en PS pour ne pas faire de l’ombre au beau rocher avec des pécadilles.
Ce message aurait pu aussi s’intituler : LEÇON NUMERO 3 : NE METTEZ PAS DES PREJUGES ENTRE VOUS ET LE MONDE !
Car vous l’avez compris, mes premières impressions ont été heureusement démenties par l’expérience. Non, le groupe ne s’est pas interposé entre moi et Uluru. Car Uluru est trop grand, trop fort.
La suite du périple fut nettement moins catastrophique que je le craignais. Les quelques avantages dsu groupe sont maigres : atteindre des endroits difficiles atteignables autrement (sauf en vélo, oui, Jean-Pierre), passer du bon temps (to have fun), découvrir (mais trop superficiellement) d’autres voyageurs.
Les inconvénients que j’avancais se sont confirmés, fondamentaux. Les choses se sont bien passées car j’ai réussi a m’intégrer au groupe. Mais est-ce la finalité d’un voyage : se mettre en cercle autour du feu de camp dans la nuit du bush et regarder vers l’intérieur, « s’habiller d’un groupe » ? Certainement pas. Aller vers le dénuement, au contraire.
Ce n’est pas une règle, ni une leçon. Une conception du voyage, plus simplement.

PS : je pars en vélo pour la semaine. Le prochain message sera moins connaissance du monde, promis. Plus physique.

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Un petit vélo en Australie (et dans la tête)

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vélo en australie

vélo en australie

<<< L'échidné (panneau du bas), à ne pas mettre sous toutes les roues. (petite photo précédente : les 12 apôtres) Sylvain s’en va faire une petite randonnée cyclotouristique de quatre jours le long de l’océan arctique et son récit prend des allures d’épopée. Ainsi, vous rencontrerez les aborigènes, un bluesman blanc, le vent contraire, l’Alpes d’Huez (?), le vent (toujours) contraire, le fantôme de naufragés, la baleine Right... Mieux (ou pire) encore : ébloui par le vélo, il n’atteint pas la Vérité vraie, mais il accède à quelques vérités partielles mais absolues, du type : « le vélo évite de descendre de voiture. » Pour connaître les autres messages encycliques de notre pape du dérailleur (pléonasme), lisez le message ci-dessous. Certains m’ont beaucoup entendu parlé de vélo. Peu m’ont vu pédaler. D’aucuns prétendent même que j’aurais parlé d’un voyage en Syrie, voire en Iran. Des mauvaises langues. Foin des sarcasmes (et de la limonade) : il me fallait « donner une réponse sur le terrain » comme le diraient les footeux qui ont le sens de la formule. L’idée est la suivante : pédaler sur la moitié de la « Great Ocean Road », la « grandiose route de l’océan », qui longe sur 500 km une falaise de calcaire sculptée par l’érosion marine et éolienne. Du grand spectacle. Pourquoi la moitié seulement ? Disons que la douloureuse expérience de la rando en plein cagnard (cf message n°2) m’a invité à plus d’humilité. 240 bornes pour moi, donc. Une distance que Yolaine, Jean-Pierre et les enfants abattent entre la poire et le fromage. Mais moi, je débute. Jour J 0 : la préparation « Ne prends rien et ensuite, retires-en en la moitié. » C’est sur ces bonnes intentions que je prépare mon paquetage sur roues. Sauf que je suis dépourvu du gêne du rangement. Ma technique est celle du « bourre dedans » ou « quand y’a plus de place, y’en a encore. Suffit de bourrer dedans. » Cette technique a ses limites, dépassées heureusement par une autre technique : celle de l’excroissance. Suffit de rajouter un bagage rattaché par une sangle. Et c’est comme ça qu’on se retrouve avec un vélo typiquement français – dixit JP et Y encore – aux antipodes des vélos germains rangés comme des services de table. Me voilà paré pour l’aventure. Jour J 1 : A jamais recommencé Le train nous dépose – mon bicloune, le matos camping et moi – dans une petite gare à 50 bornes de l’océan ; avec entre lui (l’océan) et nous (nous), une belle colline à franchir. Mais ça, c’est pour demain. Il est 15 h, je me barbouille de crème solaire (plus je mets de crème solaire, moins je consomme de chocolat, étonnant, non ?) et débute mes 25 km de la journée. Une entame amicale dont Jean-Pierre, le Maître, ne ferait qu’une bouchée entre la poi- et le –re. Sauf qu’il y a le vent. Et le vent est l’ennemi du cycliste. Le vent, c’est la côte, sans la promesse de la descente. Petit plateau, moyen pignon, grand pignon. Merde ! Je suis déjà sur le plus petit développement. Et ce n’est qu’un faux plat montant. Ça ne s’annonce pas facile, facile ! Le paysage n’est pas extraordinaire. Une forêt dense de résineux (non natifs), avec des chemins de terre qui débouchent sur ma route et sont couronnés de boites aux lettres folkloriques : pot de lait en métal suspendu à une potence, cubis de plastique fichés sur un poteau, poubelle à roulettes (type lavallois) vissée au mur. « Le vent à jamais recommencé » pour plagier la citation sur la mer. Vous connaissez Sisyphe , condamné à pousser la pierre sur la colline et qui redégringole en bas, et Sisyphe de pousser encore. Le vent, c’est pareil. Sauf que pousser une pierre d’un vélo, c’est encore plus difficile ! Et le faux plat montant à jamais recommencé, aussi. Pause. Fruits secs, J’enfourche de nouveau la petite reine, un virage et ... me voilà arrivé. Gag ! Pas de panneaux kilométriques sur la route et je me suis refusé à m’équiper d’un compteur pour ne pas sombrer dans la kilométromania comme lors de la rando. Le patron du camping est très chaleureux et direct, comme savent l’être la majorité des Australiens. « - The camping is all yours’ (tout à vous). D’où venez-vous ? » - de Colac. - ALL DOWN ILL !!!! » ( QUE DE LA DESCENTE !!!!) Jour J 2 : Petit développement, grand bonheur Beurre de cacahuètes à la tartine. Petit-dej roboratif pour vaincre l’inquiétude et doper l’excitation de cette belle montée à venir au milieu d’une forêt labellisée parc d’état, c’est à dire fédéral (et non national). Pas de zeff, temps gris, le trafic s’est éclairci. Idéal pour rouler. Seuls des camions américains (Mac, Kenworth) me donnent des claques de vent, leurs deux remorques chargées d’énormes troncs d’arbres. Ils me doublent en remontant à vide, la deuxième remorque chevauchant la première. La forêt, à vue d’œil, semble prise de frénésie de coupe et de reboisement. Seules les parcelles en cours d’abattage sont nues. Les autres sont couvertes de jeunes arbres. Les slogans sur les panneaux des compagnies forestières le clament : « le bois, une énergie renouvelable. » Encore faut-il replanter. En 1901, la forêt couvrait 10% du territoire et aujourd'hui 5% seulement. Parions que comme en occident, l’Australie préserve maintenant au mieux ses forêts tout en fermant les yeux sur l’importation illégale de bois (du Brésil et Indonésie, notamment). Je passe même devant un bureau du « Ministère de l’environnement et du développement durable. ». Au moins, ils sont sur le terrain ! La montée se passe très bien. Je forme mon « groupe étau » à moi tout seul, comme au tour de France (parce que je m’y crois, bien sûr, au Tour) : je monte à mon rythme, juste pour être dans les temps (fixés par moi-même !) et éviter la disqualification. Je peux donc en profiter pour admirer la flore : fougères géantes (3 mètres), eucalyptus (parmi la centaine d’espèces existantes). Et ça monte bien. Car j’apprends aussi que l’intérêt du paysage constitue aussi un moteur du cycliste : le cycliste pédale avec les yeux. ça y est, j’y suis, après 2h45 de montée. Je ne m’imaginais pas l’Alpes d’Huez comme ça, mais bon... Je prends un kawa et remonte vite fait sur mon fidèle destrier, Rossinante car au loin, on voit la mer. Nous sommes à 600 m d’altitude et la mer est au niveau de la mer. Une belle descente en perspective. je mors le vent en représailles pour hier. Deux cyclotouristes montent et me croisent. Ils me saluent confraternellement de la main. D’habitude, je suis en transport local quand je les croise et je me dis, à moi-même : petit joueur. Là, nous jouons dans la même cour. Chacun la sienne, car le cycliste est individualiste, mais elles ont la même grandeur, la même beauté. Nous nous en félicitons, nous savons que l’autre sait. Ce secret partagé, nous le signons d’un geste amical de la main. Ce petit geste m’emplit de joie intérieure. Ajoutée à la griserie de la vitesse, j’exulte. J’arrive à Princetown (en toute modestie !), le terme de mon étape de la journée, dans ce hameau endormi, juché sur une rive surélevée d’un fleuve paresseux qui serpente comme un gros serpent, creuse la dune au loin et plonge dans l’océan dessiné par un trait bleu dans l’échancrure jaune du sable. Il est 14 h. C’est bien joli, mais à l’arrêt, le vélo, ça n’avance pas ! C’est mon cerveau reptilien qui le dit. Hypnotisé par le paysage en mouvement, bercé par les endorphines de l’effort, il réclame son dû : des kilomètres. J’irai donc plus loin. Le paysage a radicalement changé depuis le passage du col. A proximité de la mer, la végétation est rase, adaptée aux vents forts, au sable et au sel. Le vent s’est levé. Stoïque, je pousse ma pierre sur la colline. La côte est réputée pour l’incroyable découpage de ses falaises calcaires, érodés par les vagues et le vent. Les « pitons » isolés dans la mer sont d’anciennes falaises creusées sur leurs deux flancs par la mer jusqu’à ce que le cordon rattaché au continent s’effondre. Douze d’entre eux constituent «les douze apôtres », la troisième « carte postale » australienne après l’opéra de Sydney et Uluru. Plus loin, des arches, des grottes, baptisées à l’anglaise. « London bridge » par exemple. Nommer le pays, n’est-ce pas se l’approprier ? Dans le cas présent nier l’antériorité du continent sur sa découverte européenne et ainsi désapproprier les aborigènes de leur territoire originel ? Certainement. Cette bataille est symbolique et de grande importance. La lutte constante des aborigènes pour renommer Uluru de son nom originel le montre. Les panneaux routiers, aujourd’hui indiquent Uluru avec entre parenthèses Ayers Rock. Un camping-car me double. Bras féminin qui en sort et me salue. Notre chassé-croisé durera toute la journée. Même contre le vent, le vélo m’émerveille. Habitué de la course à pied, je me grise du même effort physique, mais cette fois-ci récompensé au centuple par cette merveilleuse mécanique : cadre, roues, chaîne, dérailleur. N’est-ce pas le seul sport où l’unique énergie est musculaire ( sachant que le vent dans le dos n’existe pas ; dans ce cas, on a la frite) mais décuplée ? Bref, je me grise de mes bottes de sept lieux avec mon VTC hyper léger sur un bitume correct. Le VTT dans la boue mayennaise ne m’y a pas habitué. J’arrive peu avant la nuit à Port Campell, le terme de mon étape d’un peu plus de 80 bornes. Ce port fit jadis sa fortune sur la chasse de la baleine « Right » baptisée ainsi parce que c’était la « bonne » baleine à viser : lente, flottante une fois morte et riche en huile. En une vingtaine d’années (1920-40), le cheptel a été décimé, mettant fin à l’industrie baleinière. Il resterait 1 100 baleines Right, loin des 100 000 qui garantiraient sa survie. Jour J 3 : La pédagogie de l’horreur La côte est aussi nommée « la côte des naufrages ». Chaque crique ou presque a connu une histoire tragique. « Passer entre King island (nda : une île) et le continent, c’est passer dans le chat d’une aiguille. » disait-on. Après deux, voire trois mois de traversée depuis l’Angleterre, le brouillard, la tempête et les erreurs de navigation précipitaient les bateaux sur les récifs. Je débute la matinée par une promenade à pied, thématique sur ce sujet. Les Australiens sont friands de panneaux pédagogiques sur la faune, la flore, l’histoire européenne et aborigène. Je pars sous la pluie. Paysage identique à celui d’hier. La nature offrait une abondance de nourriture aux aborigènes : poissons de rivières, coquillages, baies, petits mammifères. Dans ces régions, ils furent massacrés en masse par les Européens. Puis la politique d’intégration consistant à déculturer les aborigènes (« No aborigenes : no aboroginal problems ») a terminé le travail. Le mouvement de renouveau de la culture aborigène est impuissant à ressusciter des pans entiers de connaissances à jamais disparus. Je ne vais pas vous persécuter avec mon plaidoyer pour le vélo mais il offre encore un autre avantage : le vélo vous évite de descendre de voiture. Sur les parkings, j’observe les passagers qui s’extirpent à contre cœur de leur cocon de métallique. Je vois même des touristes qui restent dans leur mini-bus, de crainte d’être mouillés. C’est ridicule, mais j’éprouve de la sympathie et de la gratitude pour ma machine, ce superbe deux roues au milieu des laiderons à quatre roues et plus. Le soir, j’arrive à Warrnambool (nom aborigène, préservé, celui-ci)avec un jour d’avance sur le planning prévu. Je retrouve mon « bras féminin au camping-car » épaté que deux roues en valent quatre. Au camping, je rencontre un routard avec une gueule, une guitare et une voix de bluesman. Un Calvin Russel australien. J’aimerais l’entendre entonner ce texte philosophico-cycliste « I’m standing at the cross road, emprisoned by theses doubts. One path leads to paradise, one path leads ton pain, but they all look the same... » Dernier jour J 4 : la boucle vous ramène au point de départ ! >
Une petite boucle de 60 bornes dans la campagne.
Comme je regrette d’avoir pris mon billet d’avion pour Sydney pour lundi. Je me suis laissé avoir par une promo sur le net. Décidément, j’en fais, quelques conneries lors de ce séjour. L’improvisation est l’essence du voyage, la contrainte est son poison.
Si je n’avais pas pris ce billet, je pourrais prolonger mon périple de quelques jours, plein nord, vers les montagnes de Grampions.
Cette fois-ci, j’ai eu les yeux plus petits que le ventre.

Ce mini coup d’essai cycliste a dépassé mes espérances.

Mon podium des modes de voyage s’établit ainsi, maintenant :
n 1 : en vélo,
n 2 : en transport local,
n 3 : rester chez soi.

Le croirez-vous ? C’est avec un pincement au cœur
que je mis le vélo dans le train. Et un petit coup au moral
que j’ai posé mes fesses sur un siège.

En direct du train Warrnambool-Melbourne, vendredi 11 février 2005, Sylvain

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Melbourne, la bien-aimée

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melbourne

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<<<< "- je peux m'asseoir ici, s'il vous plaît ?" "- Où ?" L’état australien est né un matin de 1901 ; de la confédératation des anciennes colonies britanniques devenues les états du nouveau pays. Mais que choisir comme capitale ? Entre Sydney et Melbourne, les deux éternelles rivales ? Difficile choix que le nouveau pays choisit...de ne pas faire, en tirant un trait entre les deux villes, posant un point à équidistance : « Nous créerons la capitale ici, et elle s’appellera Canberra ». C’est comme ça que la rivalité entre les deux villes fut préservée pour cent ans encore. Canberra, quant à elle, ne fit pas d'ombre aux deux belles et concourt au palmarès des capitales les plus ennuyeuses de la planète. Sylvain nous envoie une carte postale de Melbourne (message n°7) et de Sydney (message n° 8). Il passe les deux villes au banc d’essai. Enfin, il assiste à un concert à Melbourne, déambule sur la baie de Sydney et en tire des « théorie Shadock ». Encore une exclusivité du site www.capvers.org Melbourne est la ville australienne que je connais le mieux. Mon frangin et sa petite famille y habitent. J’y suis donc souvent de passage les week-ends. Il y a trop à dire sur cette ville qui recueille des louages de tous : ses habitants, mais aussi les Australiens que j’ai rencontrés et qui n’y résident pas. Je vais me contenter de vous raconter ma soirée d’hier soir. Elle donne un aperçu de l’esprit de la ville et de son histoire. Chaque été depuis 1930 – oui, 1930 ! – l’orchestre philharmonique de Melbourne donne des concerts gratuits – gratuits, oui –, dans le superbe parc botanique. Me voilà donc parti en vélo pour une soirée musicale russe. Je suis tout surpris de voir des files des piétons converger vers le parc, avec couverture de pique-nique, petits sacs à dos, bouteilles... De vraies colonnes de fourmis travailleuses. Le site est à la mesure de la foule : un amphithéâtre de pelouse suffisamment vaste pour accueillir deux bons milliers de spectateurs, avec l’orchestre niché sous un toit argenté ressemblant à une tente bédouine. Enchanteur ! Pourquoi 1930 et gratuit ? Tout cela grâce à un émigré russe du début XX : Sydney Meir. Il arrive à Melbourne en plein boom économique lié à la ruée vers l’or. C’est de cette époque que naît l’urbanisme du centre de Melbourne, très similaire à celui de Manhattan : une grille, des bâtiments à l’architecture audacieuse et aux décors somptueux destinés à montrer les réussites économiques de leurs propriétaires. On trouve d’ailleurs des immeubles quasi-jumeaux de ceux de New York, dessinés par les mêmes architectes. - Puis-je m’asseoir auprès de vous ? Pas facile de trouver un petit carré de pelouse libre pour m’accueillir. - Mais bien sûr. Sidney Meir bâtit sa fortune sur le commerce. Les magasins Meir (type « grands magasins parisiens ») continuent à prospérer en Australie. Il décide de financer des concerts gratuits ouverts à tous. A sa mort, il lègue des parts de sa société à une fondation chargée de poursuivre le financement de ces concerts à perpétuité. On a là le mythe du pionner dans le nouvel eldorado. Mythe réalisé. On a aussi l’utopie d’un humaniste, d’un philanthrope. Utopie réalisée. Car il ne s’agit pas d’une opération de com’ comnme savent les faire les entreprises actuelles (se racheter une vertu à moindre frais : Total cherchant à financer la Fédération Française de Voile). La conversation s’engage avec mes voisins. Natacha et Louise. Natacha est d’origine russe, née en Autriche à la fin de la guerre. Ses parents l’ont emmenée dans leurs bagages pour le grand voyage vers l’Australie. Cette histoire est presque celle de tous les Australiens (hormis la minorité aborigène : 400 000 à l’arrivée des Européens selon les estimations). Avec une histoire européenne de 250 ans seulement, chacun à une ascendance née à l’étranger : parents ou grands-parents dans la majorité des cas et un quart des habitants de l’état de Victoria est né à l’étranger. La musique de ce soir me touche. Tout particulièrement le concerto de Rachmaninov. Sidney Meir tient son pari d’éclairer les masses laborieuses. Quarante ans après sa mort, il convainc un quasi-inculte de la musique classique d’explorer ce continent. En rentrant, j’écouterai plus souvent sur France-Musique. Promis, Sidney ! Louise et Natacha me gavent de gâteaux délicieux, notamment un soufflé aux poireaux et olives à se rouler par terre. Les maris ne sont pas en reste : thé, café ? Je suis toujours surpris de la simplicité de contact avec les Australiens, de leur amicalité. Les habitants de Melbourne se disent heureux de vivre dans leur ville, réputée pour être la capitale culturelle du pays, mais aussi une ville favorisant les activités de plein-air grâce à son site naturel exceptionnel (baie, espaces verts, rivière) et surtout une ville où les émigrants, Italiens notamment, ont importé un art certain de vivre : urbanisme (en dehors du centre « à la new-yorkaise ») qui privilégie les places, les terrasses pour prendre l’apéro ou siroter un espresso. Ce bonheur, cette fierté, les habitants la revendiquent. Ils semblent les porter en eux. Il y a quelques jours je me suis perdu en vélo. Je demande mon chemin à un autre cycliste...tout aussi perdu. Mais il me dit : N’hésitez pas à demander à n’importe qui. Les gens sont amicaux et prêts à vous aider, ici. » Vous vous engageriez, vous, de la même manière pour vos concitoyens, auprès d’un touriste japonais perdu à Laval ? Sylvain

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Vol 747 pour Sydney

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Sydney est connu, reconnu par sa baie, avec son opéra en forme de coquillage et son pont métallique.
Ce n’est pas seulement une vision de touriste. L’épicentre de la ville est bien là.
Des habitants m’ont parlé de la baie, de leur attirance pour elle. Ils aiment s’y promener le soir, boire un verre, observer les paquebots de croisières et les ferries.

J’aime les villes construites autour des baies : New-York, Hongkong, Sydney maintenant.
C’est la baie qui dessine la ville, la définit.

Historiquement d’abord, ses rivages ont accueilli les premiers immigrants. On y trouve donc le quartier historique, ses plus beaux bâtiments.

L’eau dans ces trois villes n’a pas qu’une fonction décorative. De très nombreux habitants en font usage pour se rendre au travail par les nombreux ferries.

Et puis la baie a peut-être une vertu majeure : celle d’offrir une évasion, une ligne de fuite imaginaire aux habitants de ces mégalopoles.
J’observe les cadres tout juste sortis du boulot qui sirotent un vin rosé (pour les unes) ou une bière (pour les autres) et je crois déceler une quiétude dans leur regard, gagnée par la présence bienfaisante de la mer venue s’immiscer dans l’intimité du continent.
Se rêvent-ils voyageurs, peintres, marins ?

D’ailleurs, n’est-ce pas cette porte ouverte qui permet à chacun de travailler avec tant d’ardeur ? Les habitants de New-York comme ceux de Hongkong sont des bourreaux de travail. Les Australiens pire encore. Ils détiennent la palme mondiale de la durée annuelle de travail.
Voici donc une nouvelle théorie shadock : si vous pouvez vous rêver marin, vous accepterez de vous faire galérien.
Dit autrement : Méfiez-vous des baies, ça pousse à travailler !

Donc, Sydney vaut pour sa baie. Mais pas seulement.

Je l’ai parcourue à l’aide de cartes thématiques qui pointent des bâtiments, détaillent son intérêt architectural.
Les thèmes étaient : la vie portuaire, le temps des colonies (anglaises, c’est à dire avant 1901 quand l’Australie est née de la fédérations de ces colonies), les communautés (chinoise surtout), le quartier Glebe.
Je pris donc mon courage à deux pieds, mes cartes à deux mains, et en route !

L’urbanisme et les bâtiments racontent la ville, son histoire. L’expansion de Sydney a rejeté l’activité économique vers la périphérie, hormis le tertiaire. D’autres activités ont totalement disparu.
Ces premiers bâtiments – entrepôts pharaoniques pour stocker la laine, quais jadis ultra-modernes connectés au train … – sont devenus hors d’usage ; de leur usage initial.
Soit ils sont reconvertis (en logements le plus souvent), soit ils font l’objet de vifs débats qui décident de leur sort : préservation pour leur intérêt historique ou démolition pour laisser place à la ville nouvelle.

J’ai donc crapahuté, inlassablement, Et dans cette solitude du visiteur dans une ville, accentuée par la fébrile occupation de tous : chacun fait quelque chose ou se rend quelque part, rejoint quelqu’un. Agenda et téléphone pour eux, le temps devant soi pour soi, rien de plus.

J’ai aimé Sydney et quatre jours n’ont pas suffit à étancher ma curiosité.

Quelques bémols cependant. La ville souffre d’un urbanisme trop favorable aux bagnoles : larges avenues, bruits, attendre des plombes que le feu des piétons passe au vert.
Heureusement qu’il y a de grands poumons verts – les parcs – et le poumon bleu de l’eau.
Il y a aussi une prédominance de buildings du courant architectural dit « international », les parallélépipèdes des années 90. Une horreur !

J’ai beaucoup aimé la foule australienne des villes, une fois encore : cosmopolite, jeune, allant au travail (Le petit matin est la meilleure période pour l’observer, sirotant mon café) avec la foi touchante des nouveaux convertis. On porte facilement des chaussettes, maillots de bain arborant le drapeau national. De tous jeunes immigrants peut-être, qui ont traversé les océans pour embrasser un nouveau pays et avec lui une nouvelle vie.

J’ai choisi les quais et l’opéra pour mes derniers moments dans la ville. Je prends dans quelques heures un bus de nuit pour Melbourne (12 h. de trajet). J’y écris ces lignes dans la lumière douce et chaude de la fin d’après-midi.

Sydney, vendredi 18 février 2005

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